Cliquez ici >>> đŸŸ et si la mort n existait pas

Etsi la mort n'existait pas, par quoi remplacerait-on la douleur de la sĂ©paration ? Serait-ce la seule vertu de la mort : satisfaire ce besoin, en nous, de la plus grande des douleurs, sans laquelle nous ne mĂ©riterions pas d'ĂȘtre appelĂ©s des hommes ? Elias Canetti (infos) Le coeur secret de l'horloge, trad. Walter Weideli, p.119 Etsi le temps n'existait pas ? Le blob, l’extra-mĂ©dia. Suivre . il y a 10 ans. de Carlo Rovelli - Dunod, 2012. Source inĂ©puisable d'Ă©merveillement mais aussi de doute, voici une rĂ©flexion salutaire autour des enjeux de la physique actuelle et du rĂŽle de la science dans la sociĂ©tĂ©. RĂ©alisation : Arno Caravel Production : Universcience 2012. Signaler. VidĂ©os Ă  CausĂ©par la fermentation des stocks de grains sur le site et par de fortes tempĂ©ratures, l’incendie est difficile Ă  maĂźtriser. La moindre intervention risque de ValĂ©rieSeguin souhaiterait aller plus loin en rĂ©alisant un deuxiĂšme documentaire, Et si l’ñme existait vraiment, dans lequel : « Nous irons Ă  la rencontre d'experts (scientifiques, chercheurs spirituels, etc.) qui essaient de comprendre ce qu'est l'Ăąme, comment elle peut ĂȘtre source de sens et de joie intĂ©rieure. Etsi la maladie n'Ă©tait pas un hasard ? du Dr Thomas-Lamotte Monsieur K. dirigeait un journal qui existait depuis une vingtaine d'annĂ©es et qui faisait vivre 60 salariĂ©s. Au dĂ©but des annĂ©es 80, la baisse des ventes au numĂ©ro et celle des recettes publicitaires le contraignit, la « mort dans l'Ăąme », Ă  cesser la parution de son journal qui Ă©tait aussi sa raison de vivre. Dans Site De Rencontre Personnes MariĂ©es Gratuit. Le dĂ©ni de la mortPatrick Baudry Professeur de sociologie UniversitĂ© Bordeaux 3 Le dĂ©ni de la mort est une notion introduite par Louis-Vincent Thomas. Il m’a semblĂ© important de prĂ©ciser ce qu’elle signifie dans la mesure oĂč elle me semble mal comprise, et surtout que, depuis cette mauvaise comprĂ©hension, elle vient servir Ă  l’occultation des travaux de Thomas, Ă  sa rĂ©duction et Ă  son oubli. On essaiera ici de rester calme. Mais il faut tout de mĂȘme souligner que ce processus de mise en disparition d’un auteur majeur au prĂ©texte d’une expression incomprise et de la pseudo explication d’un processus historique qui justifierait de la nĂ©cessitĂ© de son dĂ©passement est proprement scandaleux. Je ne ferai pas ici la liste des personnes qui croient pouvoir citer Thomas avec cette seule expression », et pouvoir, dans le mĂȘme temps, puisque la thĂšse du dĂ©ni de la mort serait obsolĂšte, justifier sa mise en disparition. Une notion s’élabore. Elle ne tient pas d’une astuce verbale. Elle a vocation d’analyse. Elle n’est pas qu’un mot qu’on voudrait imposer avec la prĂ©tention de saisir tout momentanĂ©ment une Ă©poque, ou plus prĂ©tentieusement le tout d'une sociĂ©tĂ©. Elle a pourtant intention de comprendre une logique et d’analyser des tendances fortes, de rendre compte de structures. Elle n’est pas rĂ©ductible donc au sentiment d’un auteur qui croirait pourvoir interprĂ©ter des phĂ©nomĂšnes et les lier Ă  sa guise pour en produire une apparence qui devrait convaincre. Elle est une mise au travail d’une idĂ©e qui n’est pas qu’une opinion. L’opinion peut croire qu’elle a raison et qu’elle aura raison des faits » qu’elle aurait enregistrĂ©s. L’idĂ©e peut en sa formulation sembler pĂ©remptoire, mais elle n’est pas autoritĂ© qui se dĂ©guise en science, Ă©vidence qui se donne comme enquĂȘte, bon sens qui se reconstruit en audace ou critique. L’idĂ©e appelle Ă  sa propre discussion, interroge le pĂ©rimĂštre de sa validitĂ©, s’inquiĂšte de sa genĂšse mĂȘme, doute radicalement de sa fondation. Elle porte sur le rĂ©el d’une sociĂ©tĂ©, et ne s’arrange pas des commoditĂ©s de conversation sur des rĂ©alitĂ©s. Chez Louis-Vincent Thomas, le dĂ©ni de la mort est non pas affirmĂ© comme une vĂ©ritĂ©, mais il constitue un point de vue perceptif permettant l’agencement d’une discussion. Limiter toute l’Ɠuvre de Thomas Ă  une expression, c’est oublier que ses travaux se poursuivent jusque dans les annĂ©es 1990. Et que dans La Mort en question, par exemple, Thomas parle de mort retrouvĂ©e ». Mais cela sans pour autant cesser d’interroger un escamotage qui se poursuit. Le dĂ©ni dans le rĂ©el ConsĂ©quence et finalement cause Ă  la fois d’une mort interdite » comme le disait Philippe AriĂšs, la diminution des solidaritĂ©s devant la mort, autour du mourant et autour du dĂ©funt, met Ă  mal l’élaboration de la souffrance et l’expression nĂ©cessaire du deuil. Louis-Vincent Thomas opposait des sociĂ©tĂ©s Ă  accumulation des hommes » les sociĂ©tĂ©s nĂ©gro-africaines aux sociĂ©tĂ©s occidentales Ă  accumulation des biens ». La montĂ©e de l’individualisme associĂ© Ă  la compĂ©tition et Ă  la recherche du profit, la domination des valeurs de consommation et de production, et l’hĂ©gĂ©monie d’une Science et d’une Technique donnant l’espoir fou d’une mort vaincue ou qui pourrait se ravaler au rang de la maladie, Ă©taient selon lui les sources d’un dĂ©ni de la mort. Faire comme si la mort n’existait pas ou surtout comme si elle n’avait aucune importance, caractĂ©rise une sociĂ©tĂ© Ă  la fois en panne de sens et de solidaritĂ©. Bien plus que la peur ou que l’angoisse de mort qui sont universelles et que les sociĂ©tĂ©s traditionnelles mettent en scĂšne en Ă©laborant un rapport collectif Ă  la mort et aux dĂ©funts, c’est ce dĂ©ni dans le rĂ©el qui marque la modernitĂ©. Il ne s’agit plus d’un dĂ©ni symbolique comme dans les sociĂ©tĂ©s traditionnelles. En s’affrontant Ă  la finitude, ces sociĂ©tĂ©s agencent une transcendance elles mettent la mort Ă  distance, et construisent dans cette distanciation nĂ©cessaire toute l’humanitĂ© d’un rapport Ă  l’impensable qui fonde la communautĂ©. Chez nous cette distanciation fait dĂ©faut, et ne restent plus que les possibilitĂ©s d’une esquive ou d’une intĂ©gration mortifĂšre de la mort dans la vie leur disjonction absurde ou leur dangereuse confusion. En faisant l’économie d’une socialisation de la mort, du mourir et de l’espace des dĂ©funts, c’est la socialisation de l’existence elle-mĂȘme que l’on diminue. TechnicitĂ© et professionnalisation de l’approche du malade ou du mort, diminuent l’efficacitĂ© des rĂ©seaux de sociabilitĂ©. Au plan du sens, c’est l’élaboration des rapports sociaux qui se trouve aussi bien menacĂ©e. Tandis que l’imaginaire se rĂ©fugie dans le scĂ©nario d’une Toute-puissance narcissique, la construction symbolique semble enrayĂ©e du fait mĂȘme de la disjonction entre vie et mort. Disjonction qui n’a pas seulement comme effet de cacher la mort comme on le dit, mais de produire la confusion de la vie et de la mort, de la souffrance et de la jouissance, du risque de mourir et de la sensation » de vivre. La mort qui n’est plus situĂ©e en une place, envahit vite toute l’existence. Jean Baudrillard l’a bien dit Notre mort Ă  nous, c’est quelqu’un qui fout le camp ». A partir d’une situation aussi faible, que peut-on faire si ce n’est tenter de gĂ©rer des croyances incroyables avec des pratiques forcĂ©ment mal adĂ©quates? J’oserai dire ceci nous avons rĂ©ussi Ă  tout produire de ce qui nous a logiquement, et Ă  prĂ©sent logistiquement, sĂ©parĂ©s d’une mise en rapport avec les dĂ©funts. Nous avons inventĂ© la mort comme Ă©vĂ©nement Ă  gĂ©rer individuellement, le souci de la tombe Ă  choisir de façon personnelle, la cĂ©rĂ©monie Ă  orchestrer entre soi, tout cela en dehors de l’impĂ©ratif culturel d’une sĂ©paration d’avec les morts et du remaniement symbolique qu’oblige cette sĂ©paration. L’enjeu de fond c’est l’institution culturelle devant la limite de la mort. Jacques Derrida parle d’une frontiĂšre il insiste avec ce mot, alors qu’il s’agit dĂ©finitivement d’une limite. La mort n’a jamais Ă©tĂ© une frontiĂšre » pour d’autres cultures, et elle ne peut jamais l’ĂȘtre pour aucune culture fondamentale, donc pour nous aussi. L’évĂ©nement de la mort ne se traite pas comme une malheureuse disparition, mais bien comme un traumatisme qui touche Ă  la fois la personne et la sociĂ©tĂ© et, aussi bien, les survivants et le mort. Ainsi peut-on comprendre ce qu’écrit Henri Michaux sous forme de fiction » dans Au Pays de la Magie Il est des morts embarrassĂ©s, malades. Il en est qui deviennent fous. Ici entrent en scĂšne les Psychiatres pour morts. Leur tĂąche est d’orienter les malheureux, de les guĂ©rir des troubles que la mort leur apporta. » Et Michaux ajoute Cette profession demande beaucoup de dĂ©licatesse.» De mĂȘme faut-il beaucoup de dĂ©licatesse culturelle pour que le vivant se sĂ©pare du mort, et qu’il entre dans la possibilitĂ© de remanier un rapport modifiĂ©. Remaniement qui ne le concerne pas lui seulement en son for intĂ©rieur. Mais qui touche Ă  la place qu’il a Ă  occuper autrement lui-mĂȘme, dans sa relation aux autres gĂ©nĂ©rations. On se situe ici Ă  la croisĂ©e de la personne et de la culture, au croisement du psychique et du social, et l’on pourrait dire au lieu mĂȘme de ce qui fait culture » pour le sujet. La ritualitĂ© funĂ©raire, quelles que soient ses formes de mises en scĂšne, constitue fondamentalement une dĂ©fense culturelle » au sens oĂč Georges Devereux employait cette expression. Ce travail culturel que constitue le deuil — Ă  la fois Ă©preuve et soutien, affliction et intelligence » de vie — est d’autant plus complexe et comprend d’autant plus d’enjeux sociaux en sociĂ©tĂ© nĂ©gro-africaine que la personne qui meurt est bien une personne et non pas seulement un individu ». Une personne plurielle, qui comprend toujours de l’autre visible et invisible en elle-mĂȘme. Plusieurs reprĂ©sentations du corps, plusieurs Ăąmes, plusieurs esprits, et plusieurs rapports aux morts et aux ancĂȘtres... Le nom, le souffle, le double construisent aussi une personnalitĂ© complexe et cohĂ©rente qui prend sens dans les rĂ©seaux de participations, de correspondances et d’oppositions oĂč elle est situĂ©e. Toutefois, nous autres modernes, sommes-nous si sĂ»rs de notre stricte individualitĂ©? La mort comme horizon La conception que les sociĂ©tĂ©s traditionnelles ont de la mort, n’a rien de la sinistre fin ou de la dĂ©risoire finition » dont il faudrait aujourd’hui avoir individuellement maĂźtrise, cela dans la droite ligne d’un dĂ©ni de la mort nullement dĂ©passĂ©; ni rien non plus de la grandiloquence de la grande question » philosophique, que, bien entendu, seule la » philosophie saurait justement aborder. On peut se demander avec quel aveuglement Jacques Derrida qui pouvait oser dire Ă  Cerisy qu’AriĂšs et Thomas Ă©taient des crĂ©tins », peut Ă©crire que Thomas veut rĂ©soudre le problĂšme de la mort, ni plus ni moins », et parler au sujet d’une anthropologie de niaiseries de prĂ©dication comparatiste ». On peut aussi s’interroger sur le sens qu’il faudrait donner au reproche que fait Derrida Ă  AriĂšs et Thomas de ne s’ĂȘtre pas demandĂ© ce que la mort est », et sur le sens de son contenu. Non seulement il est douteux que des chercheurs qui auront si longuement travaillĂ© sur cette question ne se soient pas — parce qu’ils Ă©taient historien ou anthropologue, c’est Ă  dire sans capacitĂ© de penser finalement?! — posĂ© la moindre question Ă  son propos. C’est Ă  dire aussi bien sur le sens du travail qu’ils accomplissaient. La partition que fait Derrida entre philosophie et sciences humaines est Ă©videmment navrante, par sa prĂ©tention et l’obscurantisme positiviste reconduit qui s’y profilent. Mais le contenu du reproche — ne pas s’ĂȘtre posĂ© la question Qu’est ce que la mort? » —, relĂšve bien d’une position et non pas du tout d’une profondeur ou d’une vĂ©ritĂ© depuis laquelle pourrait se juger des travaux dont il faudrait d’emblĂ©e dĂ©cider de l’infĂ©rioritĂ©. Il s’agit en fait d’attitude Ă©thique, comme le dit bien Jean-Marie Brohm ou on indexe la vie sur la mort, ou la mort sur la vie et la survie; [...]; l’inachĂšvement sur l’achĂšvement ultime le rien, ou l’achĂšvement provisoire sur l’inachĂšvement Ă©ternel le quelque chose toujours-Ă -advenir qui dĂ©borde la mort.» L’anthropologie de la mort de Thomas est profondĂ©ment vitaliste. Et les sociĂ©tĂ©s africaines dont il parle aussi bien. Tel n’est pas le cas de nombre de discours sur la mort qui prolifĂšrent aujourd’hui et qui nous enjoignant pour notre bien d’accepter la mort, nous engage vers des voies sinistres. Tel n’est pas le caractĂšre Ă©mergeant de nombre d’études qui croient braver le tabou social ». Tel n’est pas le cas, dirais-je encore, d’une thanatologie officialisĂ©e et mĂ©diatisĂ©e qui veut s’approprier les travaux de Louis-Vincent Thomas en un bref rappel Ă©logieux, pour mieux s’en dĂ©barrasser. PrĂ©cisons si Thomas peut Ă©crire, sans aucune naĂŻvetĂ© nostalgique que les sociĂ©tĂ©s dites traditionnelles trouvent une rĂ©solution des problĂšmes de la mort », c’est Ă©videmment comparativement qu’il faut le comprendre. Et donc ce qu’il s’agit de comprendre c’est une vision de l’existence et de la vie oĂč la mort n’est pas ce qu’elle devient dans un monde occidental c’est Ă  dire la frontiĂšre Ă  passer chacun l’un aprĂšs l’autre. La rĂ©solution en question ne signifie nullement que Thomas croit que ça va s’arranger », comme le pense Derrida. Il s’agit d’attaquer la logique socio-politique du dĂ©ni de la mort non pas une sentimentalitĂ© comme je l’ai dĂ©jĂ  dit, mais un dispositif structurel auquel Derrida ne semble pas avoir compris grand chose il croit qu’il s’agit d’une affirmation imprudente ». Or nous ne sommes nullement sortis du refus de la limite que signifie ce dĂ©ni, et la fragilisation du rapport aux dĂ©funts ne saurait beaucoup nous y aider. En parlant d’une anthropologie vitaliste, j’ai bien sĂ»r conscience de paraĂźtre naĂŻf. Moi aussi, je croirais peut-ĂȘtre que ça va s’arranger... Moi aussi, comme celui Ă  qui je dois ma formation et que chercherais ici Ă  dĂ©fendre avec un zĂšle peut-ĂȘtre ambigu, je serais candide. Car que valent les rites des primitifs », que pĂšsent conceptuellement ces cultures en face du Dasein et son ĂȘtre pour la fin »? Eh bien ils valent exactement de leçons pour nous protĂ©ger de notre folie. La question principale n’est pas de savoir ce qu’est la mort, mais ce que nous faisons des morts, et aussi bien ce qu’ils font de nous. C’est au travers de la ritualisation du rapport aux dĂ©funts, que la mort fait sens, ou ne fait pas sens. Les spiritualismes d’illuminĂ©s qui se rencontrent aujourd’hui tĂ©moignent bien de la faillite qui menace la construction de l’espace des morts. On voudrait encore voir ceux qui ne sont plus, communiquer avec eux. Il ne s’agit pas seulement de deuils pathologiques, mais de l’affaiblissement de dĂ©fenses culturelles ». Au lieu d’articuler symboliquement le monde des morts avec notre monde, nous serions rendus Ă  l’obligation, faute d’autres moyens, d’aller vers eux pour qu’ils nous aident Ă  demeurer ici. Sous couleur d’une acceptation de la mort et d’une peur du trĂ©pas qui serait enfin maĂźtrisĂ©e » toujours la mĂȘme chanson, c’est un engagement sinistre vers la fin de l’existence qui se produit. On veut mordre sur le territoire de la mort, mais c’est la mort qui envahit l’existence, faute de rĂ©gulations signifiantes qui distancient les dĂ©funts et les laissent ĂȘtre Ă  leur place. Ou je dirais que l’on harcĂšle les morts faute de savoir en quelle place se tenir soi-mĂȘme. On parle beaucoup de LumiĂšre » pour dire le savoir qu’on aurait, ou qu’on devrait avoir, sur les choses Ă©nigmatiques, sur l’invisible qu’il faudrait Ă©clairer, sur l’opaque qu’il faudrait rendre transparent. Mais est-ce, pour un sociologue, user mal des connaissances des philosophes que de rappeler ce qu’écrit Jean-Luc Marion sur un trop de lumiĂšre EcrasĂ©e de lumiĂšre, la chose s’obscurcit d’autant. Non qu’elle disparaisse Ă  la vue — mais parce que aucun monde ne l’accueille, et parce qu’elle n’en mĂ©nage aucun.» Devant cette manipulation d’un entre-deux mondes qui refuserait de se savoir en tant que tel, devant la volontĂ© de produire, de rĂ©aliser concrĂštement un seul et mĂȘme monde oĂč vivants et morts seraient co-prĂ©sents, comment ne pas rappeler cette mise en garde Rien ne menace tant l’homme que de ne pas savoir en quel retrait il lui revient de demeurer ». VoilĂ  ce que peut signifier le vitalisme au sens oĂč je l’entends. Non pas une positivisation sotte de la vie », mais une prudence qui ne serait pas animĂ©e du seul souci de la sĂ©curitĂ©. Une prudence qui, bien au contraire, fait accueillir l’autre, l’autre dĂ©funt, et l’altĂ©ritĂ© que dessine le visage de tout homme. Le lien qui s’y oblige. Il existe une sociologie simple qui veut Ă©tudier les tendances qu’elle constate. Une tendance » existe en vĂ©ritĂ© depuis longtemps nous portant Ă  accepter la mort, et Ă  en prĂ©voir l’amĂ©nagement. C’est Ă  notre propre cercueil qu’il faut songer. C’est aussi de notre maniĂšre de mourir qu’il faut se prĂ©occuper. La tendance que la sociologie de l’individu » constate, existe depuis plusieurs dĂ©cennies. Dans les annĂ©es 1970, Jean Baudrillard parlait des motels suicide ». L’idĂ©e pouvait sembler incongrue et l’on pouvait se demander si l’essayiste » n’avait pas inventer de toutes piĂšces leur existence. L’idĂ©e pourrait aujourd’hui sembler normale et l’on peut se demander s’il ne faudrait pas programmer la date de son propre dĂ©cĂšs en l’inscrivant dans son agenda. Baudrillard expliquait que le systĂšme » n’a plus au fond besoin de nous. TĂ©moins, ces tĂ©lĂ©viseurs qui restent toujours allumĂ©s dans des chambres d’hĂŽtel pourtant sans clientĂšle. Bien loin donner sa place Ă  un individu acteur », le systĂšme » nous enjoint de demander notre propre disparition. Et cela comme s’il accĂ©dait Ă  notre demande, comme s’il rĂ©pondait Ă  notre aspiration ». De fait, il y a un aspirateur. Patrick Baudry Professeur de sociologie UniversitĂ© Bordeaux 3 Date de crĂ©ation2013-08-09 Date de modification2013-10-25 SiĂšcle des LumiĂšres. Les suite et fin Les commentaires sont allĂ©gĂ©s, les coupes signalĂ©es 
 Retrouvez l’intĂ©gralitĂ© dans nos Chroniques de l’Histoire en citations. Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. »1024 VOLTAIRE 1694-1778, ÉpĂźtres DĂ©iste fervent, il s’oppose aux encyclopĂ©distes athĂ©es Diderot, d’Holbach. Il croit Ă  l’éternel gĂ©omĂštre », l’ architecte du monde » L’univers m’embarrasse et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger. » Il trouve par ailleurs une grande utilitĂ© Ă  Dieu qui fonde la morale 
 Mais il s’en prend Ă  la religion qui crĂ©e l’intolĂ©rance 
 S’il n’y avait en Angleterre qu’une religion, le despotisme serait Ă  craindre ; s’il y en avait deux, elles se couperaient la gorge ; mais il y en a trente, et elles vivent en paix et heureuses. »1025 VOLTAIRE 1694-1778, Lettres philosophiques, ou Lettres anglaises 1734 L’auteur admire le rĂ©gime anglais, qu’il eut tout loisir d’étudier, en trois ans d’exil. Il expose les leçons que la France peut en tirer en maints domaines religion, Ă©conomie, politique. Il en a coĂ»tĂ© sans doute pour Ă©tablir la libertĂ© en Angleterre ; c’est dans des mers de sang qu’on a noyĂ© l’idole du pouvoir despotique ; mais les Anglais ne croient pas avoir achetĂ© trop cher leurs lois. »1026 VOLTAIRE 1694-1778, Lettres philosophiques, ou Lettres anglaises 1734 
 Ces Lettres philosophiques de 1734 – premiĂšre bombe lancĂ©e contre l’Ancien RĂ©gime », selon l’historien Gustave Lanson – sont publiĂ©es sans autorisation. L’imprimeur est aussitĂŽt embastillĂ©, le livre condamnĂ© par le Parlement Ă  ĂȘtre brĂ»lĂ©, comme propre Ă  inspirer le libertinage le plus dangereux pour la religion et la sociĂ©tĂ© civile » 
 Les Français ne sont pas faits pour la libertĂ© ils en abuseraient. »1027 VOLTAIRE 1694-1778, Faits singuliers de l’histoire de France Ce n’est pas seulement un trait d’humour. MalgrĂ© son amour de l’humanitĂ©, il se mĂ©fie de la populace » Il me paraĂźt nĂ©cessaire qu’il y ait des gueux ignorants
 » 
 Et dans son Dictionnaire philosophique Distingue toujours les honnĂȘtes gens qui pensent, de la populace qui n’est point faite pour penser. » Le peuple ressemble Ă  des bƓufs, Ă  qui il faut un aiguillon, un joug, et du foin. »1028 VOLTAIRE 1694-1778, Correspondance, 17 avril 1765 CourtisĂ© en tout temps par les dĂ©magogues 
 divinisĂ© par la RĂ©volution, le peuple est souvent assimilĂ© Ă  la populace et ouvertement mĂ©prisĂ© par le mondain Voltaire 
 Dans la mĂȘme veine et la mĂȘme source, lettre du 19 mars 1766 Il est Ă  propos que le peuple soit guidĂ© et non pas instruit ; il n’est pas digne de l’ĂȘtre. » Les mortels sont Ă©gaux, ce n’est pas la naissanceC’est la seule vertu qui fait la diffĂ©rence. »1029 VOLTAIRE 1694-1778, Mahomet ou Le Fanatisme 1741 Ces deux vers seront la citation reine de la RĂ©volution » Mona Ozouf 
 On met volontiers Voltaire en slogans, prenant de-ci de-lĂ  dans des tragĂ©dies aujourd’hui oubliĂ©es, quelques vers sonores comme des mĂ©dailles 
 On ne citerait pas ainsi Montesquieu ou Rousseau, auteurs de systĂšmes plus cohĂ©rents sur le fond, et pesants dans leur forme. Il faut bien quelquefois se battre contre ses voisins, mais il ne faut pas brĂ»ler ses compatriotes pour des arguments. »1030 VOLTAIRE 1694-1778, Lettre Ă  Gallitzin, 19 juin 1773 La grande ennemie de la civilisation est la guerre, boucherie hĂ©roĂŻque » qui dĂ©truit le vainqueur comme le vaincu, mais il y a pire encore, c’est l’intolĂ©rance, la pire erreur politique aux yeux de Voltaire. Sous sa forme religieuse, elle fait encore trop de victimes en France, au siĂšcle dit des LumiĂšres. Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »1031 VOLTAIRE 1694-1778, citation apocryphe Il semble paradoxal de finir sur une citation non sourcĂ©e », phrase sans doute jamais Ă©crite, peut-ĂȘtre dite. L’Ɠuvre immense et protĂ©iforme de cet auteur philosophe est si riche en bons et beaux mots ! Mais elle reflĂšte l’homme, sa pensĂ©e, sa vie et mĂȘme son style. D’oĂč la fortune historique et somme toute mĂ©ritĂ©e de cette citation apocryphe. Jusqu'Ă  un passĂ© rĂ©cent, le cimetiĂšre au Ă©tait rĂ©uni l'ensemble d'une famille Ă©tait le lieu de destination Ă©vident de son propre corps aprĂšs sa propre mort. Aujourd'hui, cela ne va plus de soi... AFP/ANDRE DURAND Le tabou de la mort est un fait contemporain. Parmi les questions qu'il soulĂšve et auxquelles il semble de plus en plus difficile de rĂ©pondre "OĂč vais-je me faire enterrer? OĂč enterrer mon pĂšre, ma mĂšre?" La rĂ©ponse allait encore de soi dans un passĂ© rĂ©cent, plus aujourd'hui... Pour quelle raison? Le rattachement Ă  une territorialitĂ© n'est plus une Ă©vidence, en effet, et la mort n'y Ă©chappe pas. Jusqu'Ă  un passĂ© rĂ©cent, disons avant la deuxiĂšme guerre mondiale, le cimetiĂšre oĂč Ă©tait rĂ©uni l'ensemble d'une famille Ă©tait forcĂ©ment le lieu de destination de son propre corps aprĂšs sa propre mort. On n'avait mĂȘme pas Ă  y penser. Il Ă©tait au bout du village, c'est lĂ  qu'on serait un jour. Tout ceci n'est plus une Ă©vidence. Ce phĂ©nomĂšne tient Ă  plusieurs raisons qui se conjuguent l'urbanisation - nous sommes passĂ©s de la sociĂ©tĂ© du village Ă  celle de l'agglomĂ©ration urbaine ; l'Ă©clatement des familles ; le fait que la profession exercĂ©e ne se fait plus dans le pĂ©rimĂštre du lieu de naissance, les dĂ©placements devenant la rĂšgle. Un jour, vous ĂȘtes mutĂ© Ă  Tokyo, le lendemain Ă  Metz... Tout devient plus compliquĂ©. VoilĂ  pour les aspects socio-dĂ©mographiques, les transformations objectives des modes de vie. Au-delĂ , qu'est-ce que cela traduit de notre rapport Ă  la mort?Notre sociĂ©tĂ©, c'est une banalitĂ© de le dire, ne se penche plus beaucoup sur la mort. Plus tard on y pense, mieux c'est. L'essor de la crĂ©mation tient aussi Ă  cela, d'ailleurs, entre autres raisons. On n'est plus attachĂ© Ă  un territoire, donc cela fait moins de sens d'ĂȘtre enterrĂ© Ă  tel ou tel endroit. Le lieu d'inhumation a moins de signification que par le passĂ©. Jusqu'Ă  ce qu'on interdise, il y a quelques annĂ©es, la possibilitĂ© de conserver l'urne chez soi, on pouvait de la sorte disposer de ses cendres comme on le voulait, ce qui rendait la mort comme hors lieu, hors du cimetiĂšre, lequel est aussi un espace collectif. On pouvait se dire "Le lieu des morts n'est pas celui de mon mort". Symptomatique d'un certain dĂ©sarroi social. Ramener le mort chez soi, c'est aller contre la rĂšgle fondamentale de la ritualitĂ© funĂ©raire, qui veut qu'on se sĂ©pare des morts. Ce dĂ©tachement de la territorialitĂ© est rĂ©cent, dites-vous. Oui, un saut a Ă©tĂ© franchi rĂ©cemment, mĂȘme s'il se prĂ©parait sans doute de longue date, et on peut le voir, lĂ  encore, Ă  travers la crĂ©mation. L'Eglise catholique a levĂ© l'interdiction de la crĂ©mation aprĂšs la deuxiĂšme guerre mondiale, relativement rĂ©cemment, donc. Dans les annĂ©es 1970, personne n'aurait alors imaginĂ© qu'elle progresserait comme elle l'a fait Ă  partir des annĂ©es 1990. Aujourd'hui, un peu plus d'un Français sur deux l'envisage. Dans les annĂ©es 1970 et 1980, la crĂ©mation relevait d'une certaine vision du monde, d'une posture militante. A prĂ©sent, elle n'apparaĂźt plus comme un choix diffĂ©renciĂ© mais comme un option qui dĂ©coule aussi de ce dĂ©tachement du territoire et de cette logique d'urbanisation qui caractĂ©rise notre culture globale. On trouve des maisons funĂ©raires mĂȘme hors des grandes villes, mĂȘme Ă  Sainte-Foy-la-Grande ! On peut se dire que c'Ă©tait rassurant, en quelque sorte, de savoir que l'on reposerait Ă  tel endroit un jour... Qu'engendre cette incertitude nouvelle?Offre limitĂ©e. 2 mois pour 1€ sans engagement La ritualitĂ© funĂ©raire n'est pas seulement une coutume, elle agit aussi sur l'Ă©quilibre socio-psychique des personnes. Elle s'inscrit dans notre mĂ©moire collective. Ces changements nous questionnement Ă©videmment trĂšs profondĂ©ment par rapport Ă  notre propre finitude, nos relations avec nos proches... Comment pourra-t-on Ă©tayer un souvenir s'il n'est plus rattachĂ© Ă  un lieu, transmettre une mĂ©moire familiale? Autant de questions qui se posent. Nous faisons comme si tout ceci tout Ă©tait indiffĂ©rent, mais ce n'est pas vrai. Nous ne sommes pas indiffĂ©rents Ă  notre propre devenir. Nous avons besoin de nous reprĂ©senter cet irreprĂ©sentable et nous ne pouvons pas faire n'importe quoi de notre propre corps, dans l'indiffĂ©rence de la souffrance de nos proches. Une Ă©volution notable, par ailleurs des entreprises funĂ©raires proposent de plus en plus, sur leur site Internet, d'aller se recueillir virtuellement, en photo, sur la tombe d'un proche, d'aller visiter le cimetiĂšre, de payer des fleurs qui y seront dĂ©posĂ©es... On met au point des services censĂ©s combler la distance physique "Je suis Ă  Bordeaux, mon pĂšre est enterrĂ© Ă  Strasbourg..." La ritualitĂ© funĂ©raire serait donc moins importante, aux yeux des Français?Pas du tout, et c'est aussi toute la question. La Toussaint, on le voit bien, reste un jour trĂšs important c'est l'un des jours oĂč il y a le plus de circulation en France, ce qui veut dire que les gens se dĂ©placent. C'est aussi l'un des jours oĂč l'on achĂšte le plus de fleurs. Ce n'est donc pas du tout indiffĂ©rent. Le fait de ne plus savoir oĂč l'on va ĂȘtre enterrĂ© est plus marquĂ© Ă  la ville qu'Ă  la entendu. Dans les villages, on est encore enterrĂ© de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration et on y trouve encore une prĂ©sence des signes sociaux de la mort, une sonoritĂ© le clocher du village, le glas..., qu'on n'a plus en ville, oĂč la mort n'est plus perceptible. Voyez le corbillard et l'Ă©cart de culture entre ce qu'on peut en voir aujourd'hui et ce qui en est montrĂ©, par exemple, dans Le Corbeau, le film de Clouzot, qui ne date pas non plus du Moyen Age ! Tout le village qui processionne derriĂšre le corbillard tirĂ© par des chevaux... Dans mon enfance, le corbillard Ă©tait un vĂ©hicule noir qui roulait lentement en bordure du trottoir, n'occupait pas le centre de la chaussĂ©e. Aujourd'hui, il se mĂȘle Ă  la circulation, comme les autres vĂ©hicules. La mort Ă©tait inscrite dans le paysage, dans l'espace partagĂ©, elle ne l'est plus. ConsĂ©quence de son refoulement?Oui, ou de son dĂ©ni. Le grand anthropologue Louis-Vincent Thomas parlait, lui, de "dĂ©ni de la mort", expression qui ne signifiait pas seulement le refus ou la peur de la mort mais le fait de faire comme si elle n'existait pas, n'avait aucune importance. Attitude encore plus Ă©trange que la simple peur ou le refus, et qui nous est contemporaine, car elle n'a jamais existĂ© auparavant, Ă  aucun moment de l'Histoire. Or notre rapport Ă  la vie est en rapport Ă  la mort. Quand les choses ne sont plus parlĂ©es, plus signifiĂ©es, quand tout a l'air flottant, incertain, on perd des repĂšres essentiels. On peut aussi s'interroger, en matiĂšre de refoulement, sur la gĂ©nĂ©ralisation des cimetiĂšres pĂ©riurbains, crĂ©es dans les annĂ©es 1980, qui sont souvent des lieux isolĂ©s, Ă  l'Ă©cart de la ville, et esthĂ©tiquement, situĂ©s dans des zones de relĂ©gation, entre le centre commercial et la dĂ©chetterie. Vous avez des panneaux oĂč celle-ci cĂŽtoie le crĂ©matorium, vous devez passer, pour y accĂ©der, par une montagne de pneus crevĂ©s ! Ce qui peut pousser Ă  s'interroger sur la façon dont les vivants traitent les morts. Pourquoi un tel manque de soin? Patrick Baudry est l'auteur de La Place des morts L'Harmattan, et Pourquoi des soins palliatifs ? Ă©ditions ChĂątelet-Voltaire, 2013 Patrick Baudry est l'auteur de La Place des morts L'Harmattan, et Pourquoi des soins palliatifs ? Ă©ditions ChĂątelet-Voltaire, 2013 Delphine Saubaber Les plus lus OpinionsLa chronique de Sylvain FortPar Sylvain FortLa chronique du Pr Gilles PialouxPar le Pr Gilles PialouxLa chronique de Pierre AssoulinePierre AssoulineEditoAnne Rosencher Il y a depuis toujours des personnes qui disent communiquer avec l'au-delĂ  et d'autres qui n'y croient pas du tout et l'assimilent Ă  du charlatanisme. Victor Hugo participait Ă  des soirĂ©es oĂč l'on invoquait les dĂ©funts et, au xixe siĂšcle, le spiritisme Ă©tait fort prisĂ©. Les mĂ©diums, qui communiquent avec les esprits des dĂ©funts, sont de plus en plus populaires. Mais il faut sans doute faire un peu le tri et cela reste encore assez tabou. Vous devriez vous rapprocher d'un professionnel dans ce domaine pour exposer ce que vous voyez et entendez, car, souvent, les personnes qui ont ce type d'aptitudes racontent qu'elles sont restĂ©es longtemps isolĂ©es ou se sont trouvĂ©es un peu Ă©tranges. Regardez le film de ValĂ©rie Seguin Et si la mort n'existait pas ?, qui vous mettra sur la voie de votre propre exploration et vous permettra aussi d'identifier les personnes Ă  contacter pour en discuter. Issue du monde de la finance, ValĂ©rie Seguin n'a aucun don paranormal, mais, Ă  la mort de son pĂšre, en 2014, elle a reçu des signes de sa part et, depuis ce jour, elle cherche Ă  Ă©veiller nos consciences Ă  ce sujet en allant recueillir la parole des scientifiques. Parlez-en aussi Ă  vos parents ou Ă  toute personne qui vous paraĂźtra ouverte et bienveillante sur ce sujet et qui ne sera pas tentĂ©e de vous juger. Depuis des siècles, la science n’a eu de cesse de tenter d’explorer et de décrire tous les phénomènes pouvant l’être. On pourrait donc penser aujourd’hui que le monde qui nous entoure n’a pratiquement plus aucun secret pour elle. C’est faux ! de nombreux mystères persistent. Nous pouvons obtenir des réponses rationnelles sur des phénomènes perceptibles mais qu’en est-il des expériences que l’on vit soudainement, des sensations que l’on ressent, des choses que l’on voit sous une forme particulière ? Est-ce le fruit de notre imagination ? Est-ce lié à un monde parallèle ? D’ailleurs, comment parvenons-nous à nous poser ces questions ? En effet, l’exploration scientifique de la conscience n’en est qu’à ses balbutiements. Plonger dans l’inconnu nous permettrait-il de comprendre les phases cachées de cet iceberg qu’est la conscience et de comprendre l’aspect phénoménologique de celle-ci ? Autrefois, les scientifiques pensaient que la conscience variait entre deux états distincts, l’un actif et l’autre inactif. Soit le patient était conscient soit il était inconscient. Au fil du temps, les recherches menées dans le cadre des avancées neuroscientifiques ont permis de démontrer que des patients, même dans un état végétatif, pouvaient répondre à certains stimuli, ce qui décrédibilise les précédentes affirmations. Toujours dans ces évolutions scientifiques, nous avons le neurologue belge Steven Laureys et son équipe du CHU de liège qui ont mené une étude sur l’utilisation d’une nouvelle méthode d’imagerie médicale le PET-scan. Les résultats, publiés dans la Revue scientifique The Lancet, suggèrent que cette méthode permettrait de déceler de manière précise le degré de conscience chez un patient inconscient. De ce fait, les résultats peuvent apporter une explication rationnelle à certaines expériences telles que l’expérience de mort imminente ou encore le syndrome d’enfermement. Cependant, à dater d’aujourd’hui, ces pistes ne sont pas encore optimales compte tenu de la complexité de la conscience mais aussi de son immatérialité. De plus, on l’assimile souvent à la notion ésotérique d’âme ce qui n’aide pas sa définition. Mais nous nous questionnons tout de même sur sa nature est-il possible que la conscience soit en réalité un synonyme de l’âme ? Il s’agit-là d’un questionne- ment de plusieurs millénaires qui a intéressé plusieurs auteurs philosophiques tels que Platon ou encore René Descartes, mais également de nombreux scientifiques. Aujourd’hui, la conscience est devenue un véritable sujet d’étude. Elle est au carrefour de diverses disciplines, allant du scientifique au spirituel. Les chercheurs anglo-saxons considèrent que la conscience, dite consciousness, est un concept à multiples facettes et possède deux dimensions l’arousal et l’awareness. L’arousal est défini comme étant l’état psychologique et physiologique d’éveil. Ainsi, il nous permet de réguler la conscience mais aussi de traiter l’in- formation. De plus, il permettrait de motiver certains comportements dits primaires tels que se nourrir, se mouvoir ou encore fuir face à un danger. L’awareness est quant à lui décrit en psychothérapie comme étant la conscience de soi et de l’environnement tenant compte de l’expérience du corps et des émotions ressenties. De ce fait, il nous permet de percevoir, ressentir et identifier les évènements qui nous entourent. Ainsi, à titre d’exemple, pour une personne dans un état de conscience dite normale, les deux dimensions de la conscience sont présentes tandis que dans le cas d’un état végétatif, seulement l’awareness est présent. En neurologie, on se focalise sur le siège de la conscience. On considère qu’une lésion au niveau du tronc cérébral, centre du système nerveux, entrainerait un dysfonctionnement. On parle alors de conscience altérée. Le syndrome d’enfermement illustre bien cette description. Le locked-in syndrome est un état neurologique dans lequel le patient est éveillé et pleinement conscient. Les fonctions cognitives sont intactes. Ainsi, les deux dimensions de la conscience arousal et awareness sont préservées. Cependant, le patient ne peut ni parler, ni bouger. Il est paralysé et son corps devient sa prison. Ce phénomène résulte majoritairement d’un accident vasculaire cérébral AVC détruisant une partie du tronc cérébral. La récupération se fait très lentement et les capacités motrices sont rarement récupérées dans leur totalité. De nombreux livres ont été écrits à ce sujet notamment celui de Jean-Dominique Bauby, intitulé Le Scaphandre et le Papillon. Les personnes ayant été victime du Locked-in syndrome décrivent cette expérience comme traumatisante. Dans la plupart des cas, le corps est défini par les patients comme étant un fardeau, une cage ou encore une prison. Ils se sentent comme emmurés dans leur propre corps mais aussi très seuls. Certains témoignages comme celui de Caroline, jeune étudiante victime de LIS, nous explique que le fait de ne pas pouvoir communiquer avec l’extérieur renforce cette solitude. De plus, au fil des jours, ils se sentent de plus en plus petit dans leur corps et certains parviennent à se voir hors de leur corps. Article de Dounia Boussetta

et si la mort n existait pas